Tribune du Président dans les Echos : Quelle stratégie pour gagner contre la crise ?

Publié le 29 mai 2020 à 7h10

Au milieu des années 1970, l’équipe des Pays-Bas emmenée par Johan Cruijff enthousiasmait la planète football en pratiquant pour la première fois le « football total » qui se résumait en une formule : « Tout le monde attaque, tout le monde défend ! » C’est le même état d’esprit que doit aujourd’hui embrasser notre pays pour que nous sortions vite et le moins affectés possible par la crise du Covid-19 : chacun doit être, par son comportement, à la fois acteur de la lutte contre le virus et acteur de la relance économique.

Sens du devoir

Les conditions du succès de cette stratégie sont au nombre de trois – et, pour ceux qui en ont le souvenir, le jeu des Néerlandais de Cruijff les manifestait à chaque instant. La première est la vitesse d’exécution. C’était évident pendant la phase de confinement quand il fallait gagner les batailles de l’approvisionnement en masques, en surblouses ou en anesthésiques, quand il fallait relever les défis des lits en réanimation ou des transferts de patients. Il faut comprendre, et faire comprendre, que la vitesse reste aujourd’hui vitale pour limiter les risques de l’effondrement économique.

Le sens du devoir est le deuxième facteur clé de succès. Il a (probablement avec la peur) conduit l’immense majorité de nos compatriotes à respecter les règles du confinement. Mais il faut également le mobiliser pour cette nouvelle phase et inviter chacun, selon la fameuse phrase de Kennedy, à ne pas se demander ce que son pays peut faire pour lui, mais ce qu’il peut faire pour son pays. Troisième impératif : le sens du collectif. Nous réussirons ensemble, ou nous échouerons ensemble. Pour que l’économie redémarre, il est impératif (naturellement dans le respect scrupuleux des mesures sanitaires) que tous ceux qui produisent se remettent à produire, que tous ceux qui distribuent rouvrent leurs commerces et que les consommateurs se remettent à consommer. Si une seule de ces trois catégories (évidemment simplificatrices) manque à l’appel, la machine ne repartira pas.

Sortie en biseau du chômage partiel

Les pouvoirs publics doivent logiquement focaliser toute leur action sur cet objectif et faciliter la mobilisation. Il faut réduire au plus vite les goulets d’étranglement qui brident encore la reprise généralisée du travail (écoles et transports publics en tête). Il faut aussi supprimer les mesures qui ont été des filets de sécurité très utiles pendant la phase de confinement, mais qui se révèlent aujourd’hui des freins au redémarrage. Par exemple, la sortie en biseau du chômage partiel doit être fortement accélérée, par rapport à ce qui semble envisagé, dans les secteurs qui ne font plus l’objet d’interdiction d’exercer – faute de quoi se développent des phénomènes d’arbitrage, d’optimisation et, in fine, d’attentisme très contre-productifs. Si tout le monde attend que le voisin ait redémarré pour redémarrer lui-même, on n’est pas près de sortir de la crise économique ! Autant les filets de protection étaient justifiés pendant la phase de confinement pour protéger ceux qui étaient empêchés de travailler, autant les mêmes crédits pourraient aujourd’hui utilement viser à encourager à la fois les entreprises et les salariés qui reprennent le chemin du travail. On défend, mais on attaque aussi !

Risque d’écroulement

Il faut, enfin, tenir un discours politique qui combine mobilisation positive (les Français doivent être pleinement conscients que, si l’économie repart vite, le risque de leur appauvrissement peut être largement conjuré) et présentation explicite du danger d’écroulement (risque de crise de l’euro, risque de faillites, risques pour l’emploi, avec les conséquences sociales que l’on sait et les conséquences politiques qu’on imagine) qui nous guette si le redémarrage tarde trop.

Pour éviter un tel scénario, la « stratégie Cruijff » est la meilleure : aucun d’entre nous ne doit baisser la garde sur la défense, mais chacun doit participer à l’attaque !

Bruno Angles est président de Credit Suisse (France et Belgique) et président du Cercle Turgot.

Bruno Angles

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Le Cercle Turgot est un centre de réflexions et d’analyses financières traitant des grands sujets économiques et sociaux.

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